Les dirigeants allemands ne croient plus en la France

Budget . Avant même l’avis, rendu ce mardi, de Bruxelles sur le projet de la France pour 2015, les Allemands font le procès de ses élites.

 «J’espère que la France va se bouger le cul, sinon elle risque d’entraîner la zone euro par le fond.» En termes imagés, ce haut responsable allemand affiche l’inquiétude que lui inspire son partenaire français. Alors que la Commission va rendre, ce mardi, un avis qui s’annonce salé sur le projet de budget français pour 2015, il insiste : «Notre inquiétude ne porte pas sur le respect ou non des règles du Pacte de stabilité. Brandir les règles pour les règles n’est pas convaincant : si elles sont mauvaises, il ne faut pas hésiter à les changer.»
Aspirine. Non, l’Allemagne s’inquiète d’un Hexagone en plein décrochage, qui persiste à prendre de l’aspirine, alors que seule la chirurgie lourde pourrait la sauver.«On a besoin d’une France forte à nos côtés, pas identique, mais d’égale importance», martèle-t-on dans l’entourage du gouvernement allemand. «Même si on mettait de côté le Pacte de stabilité, cela ne changerait rien à la situation économique de la France», affirme Christian Ehler, député européen de la CDU, le parti de la chancelière, Angela Merkel.

«Illusion». Pour Berlin, la source du «malaise» français se trouve en France même.«Dans nos sociétés saturées, le principal moteur de la croissance repose sur la confiance : je dépense ou j’investis si je me sens bien, si je pense que la situation s’améliorera, si j’ai confiance dans mon gouvernement. Or, la France est le pays le plus pessimiste du monde occidental.» Croire que le secours viendra de l’Europe ou de l’Allemagne «est une illusion», dit un responsable allemand fin connaisseur de l’Hexagone : «Même si nous dépensions 20 milliards d’euros en France, cela n’aurait qu’un effet temporaire.»

Pour le gouvernement allemand, les responsables du malaise hexagonal sont ses élites politiques. «Les Français ont l’impression qu’ils vivent en permanence des réformes structurelles, mais il n’y en a quasiment pas.» En revanche, ajoute-t-il, «le gouvernement n’est pas avare d’annonces incessantes vite enterrées, ce qui ajoute à l’angoisse et à l’incertitude». L’Allemagne est favorable à ce que la Commission accroisse sa pression sur Paris : «Si elle se montre trop indulgente, on ne pourra plus rien demander à personne. Il ne s’agit plus d’un affrontement Nord-Sud, mais entre ceux qui ont fait des réformes et ceux qui n’en ont pas fait.» Quinze ans de promesses non tenues ont épuisé le crédit français.

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