Gouffre financier pour la caisse de retraite des cadres

L’Agirc, la caisse de retraite complémentaire des cadres, approcherait d’une cessation de paiements. Une situation grave qui pourrait être sauvée à COURT TERME par une fusion avec l’Arrco.

Problème démographique

L’origine du problème est bien évidemment démographique. Le vieillissement de la population entraîne un déplacement du curseur entre population active et population à la retraite, au point que les caisses sont devenues régulièrement déficitaires. Actuellement, 4 millions de cadres cotisent à l’Agirc pour 2,7 millions de retraités qui en bénéficient. Problème : les sommes moyennes touchées par les retraitées sont beaucoup plus élevées que la moyenne des cotisations versées, ce qui devrait amener l’Agirc à un déficit de 2 milliards d’euros cette année.

Or, l’accumulation de déficits peut être fatale pour les caisses de retraite. En effet, ces dernières ne peuvent pas EMPRUNTER d’argent pour subvenir à leurs besoins de trésorerie. Ainsi, si les caisses de l’Agirc se vident entièrement, l’organisme n’aura pas d’autre choix que d’opérer un retour à l’équilibre immédiat entre ses dépenses et ses recettes. Ce qui se traduirait en l’occurrence par un abaissement très significatif du complément de retraite accordé aux bénéficiaires.

Fusion avec l’Arrco

Pour éviter une telle extrémité, le plan actuellement envisagé consisterait à fusionner l’Agirc avec l’Arrco, cette dernière étant la caisse de retraite des salariés et cadres. L’Arrco est actuellement dans une situation financière plus saine, ce qui permettrait de régler le problème à COURT TERME.

Toutefois, d’après les modélisations, l’Arrco devrait se retrouver à son tour en situation de cessation de paiement à l’horizon 2027 pour les mêmes raisons que l’Agirc en 2018. La fusion des caisses ne serait donc qu’une solution temporaire qui ne réglerait pas le fond du problème.

Gel des retraites et recul de l’âge minimum

La caisse complémentaire des cadres envisage également des mesures structurelles pour rééquilibrer en partie ses flux entrants et sortants. Depuis 2013, les montants des retraites sont partiellement gelés de manière à ralentir l’accroissement des dépenses. Toutefois, si la mesure recule le problème, elle ne le résout pas pour autant.

D’autre part, le Medef voudrait reculer à 65 ans l’âge minimal à partir duquel le complément de retraite pourra être touché. Cela ne signifie pas que les cadres devront travailler jusqu’à 65 ans, mais qu’ils devront attendre cet âge pour bénéficier de leur complément de retraite.

Dialogue social chaotique

Cette dernière mesure n’est toutefois pas acceptée par certains syndicats. Les négociations vont s’ouvrir d’ici la fin du mois entre le Medef et les syndicats pour en discuter et personne ne semble d’accord. Le Figaro décrit le débat qui devrait se jouer :

– La CGT voudrait aligner le salaire des femmes sur celui des hommes pour engendrer une hausse des cotisations sociales de leur part ;

– FO voudrait que les cotisations des cadres augmentent quel que soit leur sexe ;

– La CFE-CGC voudrait repousser la revalorisation annuelle des retraites qui ne sont pas déjà gelées de manière à économiser 1 milliard d’euros en 2014.

A noter que toutes ces mesures ne permettraient pas de régler le déficit des caisses à LONG TERME.

Pourquoi l’idée de les fusionner gagne-t-elle du terrain ?

Si ces deux-là ne se sont pas mariés, disons qu’ils sont d’ores et déjà pacsés. Au fil des années, ils se sont rapprochés. Du côté des modalités des pensions, peu de différences demeurent. Et administrativement, ils sont regroupés depuis 2002 dans un même Groupement d’intérêt économique, avec un portail commun. 

L’idée d’une fusion est ancienne mais a assurément gagné du terrain cette année vu la gravité de la situation de l’Agirc. Si rien n’est fait, on estime que ses réserves – 9 milliards d’euros fin 2013 – seront épuisées dès 2018. En clair : le régime ne pourra plus régler l’intégralité des retraites dues, il ne pourra grosso modo distribuer en pensions que ce qu’il reçoit en cotisations. Pour l’Arrco, l’urgence n’est pas la même : ses 55 milliards de réserves ne seraient épuisés que dans une dizaine d’années. Qui dit fusion dit mise en commun des réserves : leur bas de laine serait alors vide dans 8 ou 9 ans. Une bouffée d’oxygène pour l’Agirc… 

 

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